Pierre Perrin : La Mort à la gorge

La Mort à la gorge
[sur un cliché qui a ému monde]

[La souris ici pour les curieux du travail, une version antérieure, chantée ci-dessous]
Le corps d’un enfant mort, vomi comme un bois mort,
On n’écrit pas qu’il dort. Finis l’essai de vivre, les
Mollets en feu aux déluges de rire, les jeux, les caresses,
La jetée devant soi. Rien fuit, chez les vivants.

Les réfugiés forment un autre monde. Qui les veut
À sa porte, à sa table ? Pas de pleurs de crocodiles, non.
La générosité se borne à épuiser la poche du voisin.
« Donne-moi ta montre, ami, et je te lirai l’heure. »

Une larme à ce père, survivant d’une tragédie
Que le monde abandonne ? Il n’est qu’une Antigone
Au loin, et nos mémoires s’en allègent. Le rideau tiré,
Qui torche le cul de la ville ? Les éboueurs : des réfugiés.

Le silence est un cri – belle parole, bras ballants.
Rien ne change, ni le fric assassin, roulé par les flots.
C’est à peine si chacun, à galvauder ses déplaisirs,
Un instant, lève haut un enfant mort en mer.

in Des jours de pleine terre


Un cadavre vomi, petit, comme un bois mort,
On n’écrit pas qu’il dort. Fini l’essai de vivre,
Les déluges de rire et les peurs, les caresses,
La jetée devant soi. Rien tue, chez les vivants.

Qui veut les réfugiés à sa porte, à sa table ?
La charité se borne au voisin qu’on épuise.
Une larme à ce père ? Il n’est qu’une Antigone
Si loin, et la mémoire aussitôt s’en allège.

Qui, tout rideau tiré, l’aube encore endormie,
Torche au matin le cul de la cité ? Éboueurs ?
Réfugiés. Le silence hâte un cri sans remords.

Quand le fric assassin est roulé par les flots
(Chacun ses déplaisirs), nul ne trouve un instant
Pour lever haut et fort un enfant mort en mer.

inédit, version définitive




Le poème [Des jours de pleine terre] mis en musique par Henri Franceschi [juin 2026]



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