Pierre Perrin : Vers la plénitude, un poème de la Vie crépusculaire

Pierre Perrin, Vers la plénitude

Elle avait fait valoir l’ovale du temps quand les doigts se trouvaient, sa bouche agile de mangue fraîche, combien son petit nez pouvait gambader – il prit du plaisir aux pointes lentes à durcir, qu’elle promenait partout sur la peau comme les fers d’un doux traîneau. Il aima que, solitaire, puisqu’elle le voulait, ou tête-bêche, elle le fît vibrer plus fort. Il idolâtra, au fil des mois, ses hémisphères d’astre miniature où boire et rejaillir quelquefois, et surtout les pétrir et puis les entrouvrir d’un doigt, de deux, de trois, la main tout entière à la fin endiablée jusqu’à ce que, la nuque à la renverse, balançant toutes ses boucles, elle n’en puisse plus de gémir, de hennir, de réclamer ce qu’il lui donnait soudain, fougueux, démesuré, et qui rentrait comme une aiguille dans un vêtement. Les bourses carillonnaient sans bruit près des lèvres de miel, affamées ; et pendant qu’il ciselait encore une framboise, dans un ralenti de râle, la prison se changeait en or qui se pressait millimètre par millimètre, au point que tel un arbre il s’abattait sur elle qui tirait, les fesses en lasso, l’ultime quintessence de ce pourquoi il vivait sur la terre.

La Vie crépusculaire, prix Kowalski de la ville de Lyon, Cheyne éditeur, 1996


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