Pierre Perrin : Poings lâchés comme des loups, repris dans Manque à vivre (1985)

Pierre Perrin, Poings lâchés comme des loups
— Poème du bâillon —


D’un jour à l’autre, et plus pénétrante, revivrons-nous l’angoisse ?

Ah ! mains nues, que nous puissions être justes !

Nous vivrons avec des visages tristes au milieu de nous ! Mais, poches retroussées, battantes au vent, le cœur libre et riche, peu importera que quelques-uns soient idiots ! À notre goût, nous vivrons.

Ce sera pour ce voyage au départ improbable, si longuement remis, aux rêves plus chargés. Ce sera pour ce silence incrédible et l’agressivité comprise en impatience alors et sans nom.

Mais nous verrons des corps détruits ?

Peut-être même faudra-t-il lacérer des uniformes, écraser dans l’asphalte un à un des mots d’ordre ? « Ne plus chercher qu’à apaiser ! » Il est trop de venin pour chaque seconde aux cœurs en forme de prison. (Là, ces poignets violacés pour avoir trop happé la vie !)

On nous assène en masse de partir. C’est pour ne pas salir, de nos barricades bariolées, leur ville où roulent nos amis dans des fossés. On nous dit assez de ne pas être fous, quand nous tremblons.

Il faudra que nos enfants sourient. Chacun les voudra plus violemment ouverts que soi. Oh ! la petitesse à trotter vers la tombe…

Solitaires, avec notre cordon ombilical d’espoirs, de mains et nos cris.


Poème de Pleine Marge, repris dans Manque à vivre, recueil épuisé de 1985

Page précédente — Imprimer cette page — Page suivante