Pierre Perrin : Le petit tas de secret, poème inédit du 8/09/2015

Le Petit Tas de secrets

Si tôt, les os perdent leurs jointures ! Les vers, dans leur infernale danse, rongent. La consolation que fait l’âme à la matière…  Un caillou, ça renifle ? En parler – en écrire est moins fou – ne se fait pas. Les vivants forment d’étranges troncs que pour l’amour même il ne faut pas troubler. Pas un jour, une nuit, pourtant, je ne parle à mon père et ma mère disparus, tant d’autres.

Ils sont tous là, depuis l’immortelle voix des Pendus, le mâle poète qu’au Moyen Âge attendaient plus que des bras ouverts, un festin de délices ; et le Gascon au galop, catapulté par un gros cheval à la traverse ; ses trois heures de coma m’ont récuré des craintes éternelles ; et ce génie précoce, à ce point attardé qu’il lisait Horace à cinq ans dans le texte, mais, embarrassé de sa pisse encore à la cinquantaine, se préféra copiste, plutôt que de mendier une pension. Est-il de moins nobles morts, sans âme ? Pas pour qui leur réserve un rai de mémoire !

Le leurre de durer ? Le divin coud un corset. Seule la mémoire, en clé des rêves, balbutie, à l’heure de notre mort, plus encore ? chez ceux qui nous aiment.

Pierre Perrin, 8 septembre 2015

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