Pierre Perrin : La mort à la gorge [sur une photo qui a dérangé le monde, les 2-3 septembre 2015]

La Mort à la gorge

Sur une plageLe corps d’un enfant mort vomi comme un bois mort, on ne peut pas dire qu’il dort. Il ne se relève pas. C’est fini l’essai, des mollets en feu aux déluges de rire, les jeux, les câlins, la jetée devant soi.

Les réfugiés forment un autre monde. Qui les veut à sa porte, à sa table ? Pas de pleurs de crocodiles, c’est insulter les crocodiles, dont les mâchoires, d’un ahan de stentor, broieraient tout alentour.

Une larme à ce père, survivant d’une tragédie que le monde abandonne. Il n’est qu’une Antigone, morte, et nos mémoires s’en allègent. Le rideau tiré, qui torche le cul de la ville ? Les éboueurs : des réfugiés.

Le silence est un cri, belle parole, bras ballants ! Rien ne change, ni le fric assassin, roulé par les flots. C’est à peine si chacun, à galvauder ses déplaisirs, un instant, lève haut un enfant mort en mer.

Pierre Perrin, 6 septembre 2015

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