Pierre Perrin : Qu’est-ce que la poésie ? Une définition à l’usage des élèves

Qu’est-ce que la poésie ?
Une définition à l’usage des élèves

Il est plus aisé de la faire que de la connaître. À certaine mesure basse, on la peut juger par les préceptes et par art. Mais la bonne, l’excessive, la divine est au-dessus des règles et de la raison. Quiconque en discerne la beauté d’une vue ferme et rassise, il ne la voit pas, non plus que la splendeur d’un éclair. Elle ne pratique [séduit] point notre jugement ; elle le ravit et ravage; […] Dès ma première enfance, la poésie a eu cela, de me transpercer et transporter.Michel de Montaigne, Essais, I, 37

La poésie est, de tous les genres littéraires, le plus ancien. On la trouve à l’œuvre déjà, 3500 ans avant Jésus-Christ, dans l’Épopée de Gilgameth, plus près de nous (2800 ans, tout de même) chez Homère, le poète que l’on dit aveugle, le « père » d’Ulysse aux mille tours.

Ce genre est en tout cas caractérisé par une utilisation ostensible du rythme, longtemps frappé par l’emploi de la rime, retour à intervalles réguliers de sons identiques. C’est que la poésie date d’avant l’écriture à proprement parler et que la mémoire est à la poésie ce que le désir est à l’amour.

À quoi servait-elle ? On l’a dite l’antique voix des dieux. Ovide la fait-il servir à autre chose dans ses Métamorphoses ? Elle répond avant tout à la question aporétique : Pourquoi la vie ? Pour quoi l’individu sur la terre ? L’homme, elle le situe, le chante, le châtre, l’exalte, l’exhorte, le met en terre aussi.

Elle s’est développée en de nombreux sous-genres. À l’épopée initiale, s’est ajoutée la poésie lyrique qui exalte le sentiment (écrit le plus souvent à la première personne). Et lorsque ce dernier tourne à la tristesse, exprime une plainte, on parle d’élégie, de plainte élégiaque. On trouve aussi de la poésie satirique, qui moque ; de la poésie onirique, le rêve si cher à Gérard de Nerval. On trouve de la poésie engagée, dès le seizième siècle en France : Ronsard, pour les Catholiques, avec ses Discours sur les misères de ce temps et, pour les Protestants, Agrippa d’Aubigné avec ses Tragiques.

À partir du dix-neuvième siècle, elle apparaît en prose. Aloÿs Bertrand, Baudelaire, Nerval. Et dès lors il convient de distinguer le poème en prose, qui se borne généralement à une page avec une clausule finale forte (souvent proche du principe de la chute dans une nouvelle), de la prose poétique qui emporte un récit dans un flot d’images dites poétiques. Poème en prose canonique : de Baudelaire, « l’Étranger », première page de ses poèmes en prose. Prose poétique : Chateaubriand, dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, Nerval avec Aurélia, presque tout Julien Gracq, et certaines pages de Le Clézio aujourd’hui…

Memento de Pierre Perrin [pour ses élèves] — juin 2010

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