« Celui qui vient à pas légers »

© Florence Crinquand

G

rand et plus carré qu’un lutteur de foire, les cheveux de sel marin bouclés d’enfance, il sourit derrière des écailles. Le puits est d’humanité, la margelle de bienveillance. Il ne célèbre pas pour rien le génie des fables. Il vient de plus loin encore. Le sang d’Ithaque coule dans ses veines. Une ride, des yeux au menton, lui imprime à la dérobée une lyre sur le visage. Libre, il chante la même mort que les mots, les astres et les monstres. Et comme dans une gravure s’épure la lumière, chez lui la clarté s’épaissit. Cependant il se prête à son public. Vierges de toute tyrannie, les doigts longs et nets accompagnent l’élocution. La paume gauche, parfois pour une secrète précision, lui sert de fourche ou bien se porte un instant à la renverse. Des dieux par terre à sa propre lévitation, il n’y a pas de mensonge plus véridique, de plus candide hypocrisie. Peu importe qu’il ne demeure aucune échappatoire. Il s’est donné à sa parole, il n’attend pas de récompense.

Pierre Perrin, in Des jours de pleine terre, inédit, 1997
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